“Jeune femme, 30 ans et des tas de poussières, échange coloc gay et propre contre bébé silencieux. Contactez Agathe. URGENT cause ménopause dans 8 ans.”
“Agathe, 33 ans, pas mariée, pas de mouflets, angoissée. Agathe est inquiète. Elle travaille dans les Relations Publiques, a des amants et des amis, mais toujours pas d’enfant. Persuadée d’avoir échoué dans sa quête amoureuse, elle ne renonce pas pour autant à l’idée d’avoir un bébé. La situation devient urgente : son horloge biologique tourne !” (extrait du dossier de presse)
Mardi 22 juillet. 13:30. Le Paris, Avignon. La pièce débute. Agathe est en peignoir, allongée sur un fauteuil orange vif devant des cadavres de bouteilles de Champagne. Elle a visiblement bien fait la fête, comme tous les soirs. Damien a ramené un garçon à la maison, comme toutes les nuits, ou presque. Dès son réveil, l’amant de nuit devient encombrant. Il se présente à Agathe comme “Normand, fiscaliste, petit ami de Damien”. “Encore un qui confond passion et éjaculation” s’exclame Damien qui ne sait pas comment s’en débarrasser. Camille et Damien prennent conscience que leur jeunesse passe, que les goûts et passions évoluent. Les envies et les désirs aussi. Le temps du changement s’installe. Agathe, la Macha Béranger des peines de coeur de Damien, souhaite un enfant. Charlotte, sa meilleure amie insiste sur le fait qu’un bébé ne peut naître que de l’amour d’un couple marié. Damien souhaite, lui, un amour réel et sincère – même s’il dit préférer “la fête de la bite” en Allemagne.
Le sexe, l’alcool et les deux pieds dans… le bonheur – le bonheur qu’on a du mal à voir, à accepter. Une comédie sur la crise des trentenaires qui me séduit ? Oui ! Suis-je dans le coeur de cible ? Oui ! Homo, 36 ans. L’humour est le fil conducteur de cette histoire qui frôle les clichés avec des personnages ultra-stéréotypés. On rigole bien. Pas de temps pour s’ennuyer. Le rythme est soutenu par de bons comédiens. On s’amuse à chaque instant grâce à un feu d’artifice de répliques de “la vraie vie”.
“La politesse dans les relations humaines, ça consiste pas à être franc !”
“Le Suédois, c’est beaucoup plus facile à monter que leurs meubles!”
“Passer deux mois à Sucé, c’est long !”
Cette comédie, c’est la vie : celle où “la médiocrité de la vie amoureuse est compensée par d’autres plaisirs épicuriens”, celle de tous les petits tracas de la vie quotidienne, celle où il fait bon boire du Champagne, lire Tétu ou Modes & Travaux (selon sa religion !), passer ses nuits sur internet (dans des échanges pseudo-amoureux), porter des T-shirts à message (comme Damien qui porte un Ni Pute Ni Soumise), parler de sexe (plutôt que de passer à l’action), manger du Nutella et boire du Rhum-Coca :
Arielle Dombasle – Rhum and Coco-Cola
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Un coup de chapeau particulier à Laure Gouget et Lucie Rossignol, deux excellentes comédiennes.
Les deux pieds dans le bonheur, une pièce drôle, aux airs d’Absolutely Fabulous, à déguster sans modération.
Avignon, Le Paris
Jusqu’au 2 août
Mise en scène de Camille Simon
Avec Laure Gouget, Lucie Rossignol,
Erwin Zirmi, Philippe de Vallerin
Du 4 septembre au 27 décembre 2008, aux Blancs Manteaux, Paris.
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Comment voudriez-vous mourir ? La réponse à cette question nous permet-elle vraiment de s’approcher du bonheur ? Selon Epicure, les hommes ne sont pas heureux car ils ont peur. Peur de la mort. Peur de ne pas avoir ce qu’il désire. Peur de souffrir. Selon Epicure toujours, le bonheur, c’est surtout l’aponie et l’ataraxie : l’absence de douleur du corps et de trouble de l’âme.
C’est le parti-pris de “Bonheur ?” Autant le dire de suite : quelle déception dominicale. Pour la première fois à la Comédie Française, et pour être précis au confortable Théâtre du Vieux-Colombier, “Bonheur ?” est un spectacle mise en scène par Andrés Lima sur un texte d’Emmanuel Darley. Ce projet a été élaboré au fur et à mesure de séances d’improvisations pendant plusieurs semaines avec des acteurs de la troupe.
“En y interrogeant le thème du bonheur – un des plus universels, des plus fragiles et des plus beaux qui soit, et où l’intime, le privé, côtoient le collectif en permanence – les protagonistes de cette rencontre invitent le public à partager une aventure singulière, ici et maintenant, à un endroit où le théâtre interroge au plus près la vie, nos vies.”
Aventure singulière ? Je dirais plutôt un fouilli fourre-tout dont se dégage une impression de sacré bordel. Un titre, c’est censé donner envie, intriguer, faire réagir mais de ne pas surpromettre. “Bonheur ?” est juste une surpromesse. Certes on y retrouve des évocations du bonheur avec un B majuscule, des souvenirs de petits plaisirs, des bonheurs partagés, des rêves de bonheur jamais réalisés. Tous plus ou moins liés à l’enfance et à la mort. “Bonheur ?” se résume à manger, boire, baiser puis mourir. Un beau programme, certes, mais qui devient loufoque, incohérent, et qui ne parvient pas à prendre un peu de hauteur. C’est beaucoup de bruit pour rien “Bonheur ?” Une mention spéciale tout de même pour la performance de deux des comédiens : Catherine Hiegel et Shahrokh Moshkin Ghalam.
En explorant nos souvenirs, les moments de bonheur n’ont pas été évoqués uniquement par des sentiments de joie, par exemple, l’évocation d’un accouchement rempli de larmes de douleur. Il m’est apparu que la mort prenait beaucoup de sens dans cette recherche.” [Shahrokh Moshkin Ghalam]
Comment souhaiterions-nous mourir ? Question difficile. J’ai trouvé étonnant d’improviser sur l’idée du bonheur, autour de la mémoire, de l’enfance, de l’orgasme, du plaisir physique et assez rapidement, de la mort.” [Catherine Hiegel]
Moi, un de mes petits bonheurs, c’est une table, deux chaises, une bouteille de vin et un ami. Tout simplement.
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Les effets du vin et du hachisch sur l’homme : comparaisons jubilatoires et philosophiques
O juste, subtil et puissant opium ! Toi qui, au coeur du pauvre comme du riche, pour les blessures qui ne se cicatriseront jamais et pour les angoisses qui induisent l’esprit en rébellion, apportes un baume adoucissant ; éloquent opium ! toi qui, par ta puissante rhétorique, désarmes les résolutions de la rage, et qui, pour une nuit, rends à l’homme coupable les espérances de sa jeunesse et ses anciennes mains pures de sang ; qui, à l’homme orgueilleux, donnes un oubli passager.
Profondes joies du vin, qui ne vous a connues ? Quiconque a eu un remords à apaiser, un souvenir à évoquer, une douleur à noyer, un château en Espagne à bâtir, tous enfin vous ont invoqué, dieu mystérieux caché dans les fibres de la vigne. Qu’ils sont grands les spectacles du vin, illuminés par le soleil intérieur !
Les hallucinations commencent. Les objets extérieurs prennent des apparences monstrueuses. Ils se révèlent à vous sous des formes inconnues jusque-là. Puis ils se déforment, se transforment, et enfin ils entrent dans votre être, ou bien vous entrez en eux. Les équivoques les plus singulières, les transpositions d’idées les plus inexplicables ont lieu. Les sons ont une couleur, les couleurs ont une musique. … Vous êtes assis et vous fumez ; vous croyez être assis dans votre pipe, et c’est vous que votre pipe fume ; c’est vous qui vous exhalez sous la forme de nuages bleuâtres.
Je suis l’espoir des dimanches. Le travail fait les jours prospères, le vin fait les dimanches heureux.
Le vin est semblable à l’homme : on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr, ni de combien d’actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable.
N’est-il pas raisonnable de penser que les gens qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou systématiques, sont des imbéciles ou des hypocrites ; des imbéciles, c’est-à-dire des hommes ne connaissant ni l’humanité ni la nature, des artistes repoussant les moyens traditionnels de l’art ; ouvriers blasphémant la mécanique ; – des hypocrites, c’est-à-dire des gourmands honteux, des fanfarons de sobriété, buvant en cachette et ayant quelque occulte ? Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables.
Viens, viens encore, le bonheur est là, à deux pas, viens au coin de la rue. Nous n’avons pas complètement perdu de vue la rive du chagrin, nous ne sommes pas encore au plein-coeur de la rêverie.
Dans l’ivresse il y a de l’hyper-sublime.
Rien n’égale la joie de l’homme qui boit, si ce n’est la joie du vin d’être bu.
Le vin rend bon et sociable.
Les Paradis artificiels, Charles Baudelaire, 1860 : le texte intégral
C’est Au Chat Noir, 76 rue Jean-Pierre Timbaud à Paris, dans le 11è. Tous les dimanches, à 18h. Dans la cave – salle de spectacle d’environ 50 places. Participation au chapeau à la sortie. Artistes : Delphine Thellier, Jean-Philippe Winter (Guitare et Sitar).
C’était dimanche dernier, fin d’après-midi, avec François.
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Bougon, grognon, ronchon, de mauvaise humeur ? Pourquoi est-on tenté de voir le mauvais côté des choses, de trouver que tout va ou va aller encore plus mal ? J’en connais certains qui parleraient d’une morosité chagrine, d’une indicible douleur, d’une éternelle insatisfaction. D’autres, plus tournés vers ces chanteuses vénérées par les gays, parleraient d’un désenchantement ou d’une absence de “positive attitude”.
“Laudator temporis acti. C’était mieux avant. Les enfants étaient bien élevés, cultivés, grands lecteurs. Tout le monde était plus beau. Aujourd’hui, tout va mal. Hier déjà et avant-hier, aussi. Demain, n’en parlons pas… En relisant trente siècles de ronchonnements, de regrets lancinants, d’appréhensions, Lucien Jerphagnon a choisi, traduit, commenté les plus belles perles du pessimisme générationnel. Des Grecs, des Latins, des gens du Moyen Age, de la Renaissance, etc., et même de quelques contemporains. C’est l’empire du pire. Un petit livre noir qui redonne des couleurs à notre époque. Homère d’alors, résume Jerphagnon.”
C’est en fouillant les rayonnages de la librairie Julliard que je suis tombé sur “Laudator temporis acti. C’était mieux avant.” Le titre a attiré mon attention. Achat immédiat de ce tout petit livre. Une fois sorti, j’ai réalisé que je venais d’acheter un des livres du mari de ma prof d’espagnol de lycée. Celle à qui je dois vraiment beaucoup : une bonne partie de mes méthodes de travail, ma rigueur, mes premières expos parisiennes aussi, la découverte de la Maison de l’Amérique latine, du Petit Palais, du grand Palais.
“Laudator temporis acti. C’était mieux avant”, c’est 173 pages de citations à travers les siècles, 15 thèmes dont l’amour, la vie de famille, la politique et les politiciens, le bonheur, la sottise, les religions, la mort, la décadence, etc. Un petit bijou à lire et relire tellement il est amusant de constater à quel point tristesse, spleen, désillusion, pessimiste, amertume, malheur et mauvaise foi traversent les époques et les modes. “Laudator temporis acti : C’était mieux avant…” de Lucien Jerphagnon, éditeur : Tallandier. A lire ou à offrir.
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Je sens le temps qui se décline.
J’ai l’impression d’être impuissant.
J’ai des montées d’adrénaline
Et je me fais machinalement du mauvais sang
Mais je m’obstine
Et je me reprends.
Je me sens résistant, à présent
Et j’essaye de passer l’épreuve du temps
Jour après jour, à cent pour cent.
[ Sinclair, L'épreuve du temps, 1997]
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Le bonheur est insaisissable ; la sagesse des individus sait qu’il n’existe que dans le souvenir… On ne saura qu’après qu’à telle ou telle époque on était heureux sans le savoir.
[ Paul Veyne ] Sénèque
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