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Ronald Reagan entamait son premier mandat présidentiel aux States, à l’instar de François Mitterrand en France quelques mois plus tard. Les tentatives d’assassinat se multipliaient un peu partout : à Washington, à Rome. France Telecom lançait le Minitel. J’avais 9 ans.
Le mercredi vers 11 heures, je prenais le train pour aller à Paris. Seul sur le quai de la gare, j’attendais l’omnibus de banlieue avec sa coque métallique et ses banquettes en skaï orange. Vous savez ces fameuses banquettes qui, lorsque le soleil donne, brûlent quand on s’assied, et collent aux cuisses après. Cinquante minutes plus tard, j’arrivais dans l’immense Gare du Nord. Je ne parlais à personne. Je filais prendre le 42 qui descendait la rue La Fayette, sans couloir de bus à l’époque. Je vérifiais chaque arrêt. Je lisais les affiches, les promotions. J’adorais cette rue. Tellement mieux que la rue des Beaux-Lieux. Le bus finissait toujours par me déposer juste devant le bureau de ma mère. La Cordialité Bâloise, arrêt Le Peletier. Les vitres teintées des portes automatiques s’ouvraient. L’hôtesse d’accueil était déjà en ligne avec ma mère pour la prévenir de mon arrivée.
Nous déjeunions rapidement dans un petit troquet. La serveuse me connaissait, à force. “Tiens, c’est mercredi, y’a le fils de Mme Toli.” Je choisissais un poulet frites avec de la Béarnaise ou un steack frites baignant dans la sauce au poivre. La serveuse avait pris l’habitude de m’apporter mon dessert avant que je ne passe commande : une mousse au chocolat.
Dès le goût du chocolat dans ma bouche, je savais que l’heure approchait… Et ça me gâchait toujours un peu la fin du repas. Mon coeur commençait de protester sur le chemin. Dans la salle d’attente, les battements de mon coeur devenaient insupportables. Nous avions rendez-vous avec le Docteur La Terreur. Son bureau sentait la cire, la poussière, les médicaments. J’avais peur. Peur du glacial Docteur La Terreur et de ses piqûres. Il me demandait de rester debout. J’enlevais mon slip. Je ne l’entendais pas arriver avec son injection de lait de tortue. Et d’un seul coup, il enfonçait l’aiguille. Aïe ! J’avançais de quelques centimètres, par réflexe. Je savais que je ne devais pas. C’était plus fort que moi, ça me faisait mal. Quelle idée de me piquer debout ! Souvent la piqûre se retirait, ou tombait, quand il ne me maintenait pas fermement. De fait, j’avais souvent droit à ma double piqûre. La peau des fesses percée deux fois pour une seule dose.
Le calme et la lenteur. Après le Docteur La Terreur, tout allait très vite. Ma mère me regardait monter dans le 42. Elle retournait travailler. Et je rentrais regarder Dorothée à la télé.
Comment ce souvenir est-il revenu à ma mémoire ? Pourquoi t’en ai-je parlé ce matin-là ? Sur un trottoir de Belleville, vers 9h30 tout début 2008. Je crois bien ne jamais avoir raconté cette histoire, sauf peut-être à Sophie. Un tout petit rien. Et pourtant…
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Comment voudriez-vous mourir ? La réponse à cette question nous permet-elle vraiment de s’approcher du bonheur ? Selon Epicure, les hommes ne sont pas heureux car ils ont peur. Peur de la mort. Peur de ne pas avoir ce qu’il désire. Peur de souffrir. Selon Epicure toujours, le bonheur, c’est surtout l’aponie et l’ataraxie : l’absence de douleur du corps et de trouble de l’âme.
C’est le parti-pris de “Bonheur ?” Autant le dire de suite : quelle déception dominicale. Pour la première fois à la Comédie Française, et pour être précis au confortable Théâtre du Vieux-Colombier, “Bonheur ?” est un spectacle mise en scène par Andrés Lima sur un texte d’Emmanuel Darley. Ce projet a été élaboré au fur et à mesure de séances d’improvisations pendant plusieurs semaines avec des acteurs de la troupe.
“En y interrogeant le thème du bonheur – un des plus universels, des plus fragiles et des plus beaux qui soit, et où l’intime, le privé, côtoient le collectif en permanence – les protagonistes de cette rencontre invitent le public à partager une aventure singulière, ici et maintenant, à un endroit où le théâtre interroge au plus près la vie, nos vies.”
Aventure singulière ? Je dirais plutôt un fouilli fourre-tout dont se dégage une impression de sacré bordel. Un titre, c’est censé donner envie, intriguer, faire réagir mais de ne pas surpromettre. “Bonheur ?” est juste une surpromesse. Certes on y retrouve des évocations du bonheur avec un B majuscule, des souvenirs de petits plaisirs, des bonheurs partagés, des rêves de bonheur jamais réalisés. Tous plus ou moins liés à l’enfance et à la mort. “Bonheur ?” se résume à manger, boire, baiser puis mourir. Un beau programme, certes, mais qui devient loufoque, incohérent, et qui ne parvient pas à prendre un peu de hauteur. C’est beaucoup de bruit pour rien “Bonheur ?” Une mention spéciale tout de même pour la performance de deux des comédiens : Catherine Hiegel et Shahrokh Moshkin Ghalam.
En explorant nos souvenirs, les moments de bonheur n’ont pas été évoqués uniquement par des sentiments de joie, par exemple, l’évocation d’un accouchement rempli de larmes de douleur. Il m’est apparu que la mort prenait beaucoup de sens dans cette recherche.” [Shahrokh Moshkin Ghalam]
Comment souhaiterions-nous mourir ? Question difficile. J’ai trouvé étonnant d’improviser sur l’idée du bonheur, autour de la mémoire, de l’enfance, de l’orgasme, du plaisir physique et assez rapidement, de la mort.” [Catherine Hiegel]
Moi, un de mes petits bonheurs, c’est une table, deux chaises, une bouteille de vin et un ami. Tout simplement.
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Mourir à mon tour. J’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai… Je décidai de retourner les voir, revenir sur mes pas, aller sur mes traces et faire le voyage, pour annoncer, dire, seulement dire, ma mort prochaine et irrémédiable, l’annoncer moi-même, en être l’unique messager… Se donner l’illusion d’être responsable de soi-même une dernière fois.

Lundi 3 mars, 20h. Un mois jour pour jour. Salle Richelieu, Comédie Française, Paris. C’est la première de “Juste la fin du monde” de Jean-Luc Lagarce, pièce mise en scène par Michel Raskine. Christophe Girard, Seybah Dagoma, Louis Schweitzer, Maître Kiejman et Lambert Wilson assistent au spectacle dans la salle. Trois amis, surtout. Une femme est déjà sur scène dès l’entrée du public. Un rideau blanc géant diffuse le visage et le torse nu d’un homme sans expression. Les premières minutes me semblent difficilement accessibles. Je peine à entrer dans la pièce, ou devrais-je dire dans l’écriture de la pièce. Des mots, des mots, des mots. Des répliques améliorées, reprises, corrigées, modifiées, ré-interprétées, ajustées sans cesse. Comme lorsque l’on cherche le mot juste. Justesse de la langue et de la ponctuation, des silences et des non-dits. Très vite, tout se met en place. Peu à peu, les personnages prennent vie sous nos yeux.

Retrouvailles familiales le temps d’un dimanche pour Louis (Pierre Louis-Calixte), sa mère, sa sœur Suzanne, sa belle-soeur et son frère Antoine. Louis l’écrivain, depuis trop longtemps absent. Louis, le déserteur de la famille qui sait qu’il va mourir. Louis, le maladroit silencieux venu faire ses adieux. Louis l’aîné, venu annoncer sa fin imminente. Louis qui parle peu lorsqu’il est face à sa famille. Louis qui parle lorsqu’il est tout seul. Louis, l’oreille attentive sur les traces de son enfance. L’absence, la solitude, le manque, les difficultés à se parler, les apparences et les méfaits du silence sont autant de thèmes traités avec pertinence dans cette pièce. Jean-Luc Lagarce ausculte la famille à travers le prisme de petites chamailleries, des éternels secrets et mensonges de famille qui laissent comme un goût de rancoeur ou de douleur. On ne choisit pas ses parents. On ne choisit pas sa famille. Louis, étranger parmi les siens. Sa mère (Catherine Ferran), froide, à la limite de l’indifférence, ne se souvient même plus de son âge. Personne ne s’embrasse. Personne ne se touche. Pas d’effusion de joie, pas d’effusion de larmes. Pas d’émotions. Chacun est en manque. En manque de chaleur, de tendresse, d’amour. Le rôle d’Antoine, le frère à fleur de peau, incompris, un peu simple, est remarquablement joué par Laurent Stocker. Son monologue est bouleversant. Il est nominé aux Molière 2008 pour le meilleur second rôle. Je croise les doigts pour lui. La pièce est aussi nominée dans la catégorie “Meilleure pièce du théâtre public”. … Chut, il faut savoir profiter et écouter les silences… Et, Louis repart sans rien avoir dit.
C’est juste criant de vérité. Un miroir à la fois éblouissant et introspectif. Juste la fin du Monde, un véritable labyrinthe verbal qui se termine sur un lourd silence de non-dit.
L’avis d’un ami : “Juste une putain de pièce”
Merci Julien pour les invitations.
Vivement Avignon !

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Cocoon, mon dernier coup de coeur. J’en parle à tout le monde depuis le jour où j’ai découvert leur myspace par l’intermédiaire de la programmation de la Flèche d’Or. Première rencontre manquée : salle bondée à la Flèche d’Or pour The Do. Achat coup de coeur de l’album 5 titres. Fan au premier rang lors du festival Indétendances à ParisPlage cet été. Ecoute en boucle au bureau { And I Feel Like a Popcorn, 16 août 2007 } et chez moi, dans la pénombre des branches de cerisier lumineuses. Trois lecteurs se laissent emporter par la vague mélancolique : claude, vincen-t et nico.
29.10.2007 : sortie du premier album à la pochette magnifiquement douce et chaleureuse. Le titre “My Friends all died in a Plane Crash” trouve son explication en écoutant l’album. L’édition limitée du coffret CD offre quatre photos collectors, un livre de 20 pages, les notes du groupe. Deux belles voix douces tout en fragilité. Un album d’une délicate intensité qui s’écoute comme un livre. Ca me fait toujours penser à l’univers de Kings of Convenience, Sufjan Stevens, Tara King Th. D’autres pensent à Nick Drake. Les comparaisons en matière musicale sont souvent hasardeuses, et pourtant… J’aime vraiment beaucoup “Chupee”, “Hummingbird”, la plus pure, la plus magique et “Seesaw”, une balade en guise d’au revoir à l’enfance et à l’adolescence, un adieu à une forme de souffrance. Ecouter Cocoon, c’est une façon musicale de se blottir contre quelqu’un pour partager tendresse, simplicité et chaleur.
30.10.2007 : un concert élégant au Bataclan. Encore touché. Morgane au clavier et piano et Mark à la guitare, au banjo et au ukulélé semblent décontractés, plaisantent avec nous, proposent des câlins et des bisous. Trois jeunes fans tout contre la scène sont habillés pour l’occasion avec des chemises ou tee-shirts blancs créés pour l’occasion : le nom du groupe et des pandas. Le jeune duo talentueux varie son entre mélodies tristes et des mélodies plus légères, avec ce soupçon de mélancolie que j’aime tant. Triste mais apaisant. Délicat, discret, léger, simple. Un petit moment de bonheur musical.
Cocoon, c’est un sublime hymne aux câlins délicats et aux bisous tendres.
Did you know you’re still crying?
Did you know that we are dead?
Hello, hello, I take you on a trip
I arrived just before the sunset
If we get too close whisper in my ears
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Comment dire à quelqu’un qu’on l’aime ? Comment on sort avec quelqu’un ? Et comment on embrasse avec la langue ? C’est quoi la masturbation ? Est-ce qu’on peut obliger quelqu’un à être amoureux ? C’est quoi l’homosexualité ? Est-ce qu’on peut obliger quelqu’un à être amoureux ?
Zizi Sexuel, l’Expo
C’était un jour de grève à Paris il n’y a pas si longtemps, ça vous dit quelque chose ? Un jour où les Vélibs étaient pris d’assaut. Une petite heure de marche pour arriver à la Cité des Sciences pour découvrir l’expo Zizi Sexuel à destination des 9-14 ans. Une expo inspirée du Guide du zizi sexuel de Titeuf. L’inauguration avait eu lieu la veille. Autant le dire d’emblée, nous avons adoré, Tip Top Girl et moi. Cette expo, c’est un peu tout ce que tous les pré-ados ont toujours voulu savoir sur l’amour et le sexe sans jamais oser le demander. Et, en plus, c’est vachement bien conçu : ludique, interactif, évidemment didactique, très coloré, chaleureux. Le parcours est délimité en différentes zones : la chambre, le lit, la salle de bains, la salle de classe, la salle interdite aux adultes… Il y a des dizaines de machines extraordinaires pour apprendre tout en s’amusant. L’amouromètre pour connaître l’intensité des sentiments, savoir si on aime vraiment. On serre dans ses bras un gros coeur en peluche et en fonction de la force des chansons se déclenchent. L’essoreuse à langues pour s’entraîner aux bisous avec la langue. Le pubertomatic pour se voir transformé par la puberté, avec des poils, des muscles, un plus gros zizi aussi ! Il y a aussi le zizi piquet (la machine à érection), la machine à tirer des spermatozoïdes (la machine à éjaculation), la machine
à prévention (la Ola des capotes), le love phone, etc. La machine à déclarations permet d’écrire un poème à son amoureux, ou bien l’inviter à un rendez-vous (Nous l’avons testé avec de vrais prénoms, et nous sommes ressortis avec nos petits papiers à distribuer!). Le quiz du Zizi Sexuel est à faire à plusieurs sur place, un grand moment ! (J’ai eu 14 sur 15, la honteuh… Dans l’expo, on apprend aussi à dire “je t’aime” dans plusieurs langues”. On découvre la typologie du “garçon de tes rêves” : groovy, voyou, frimeur, classse, musclé, fragile, etc. Et, petit bonheur, on découvre, allongé sur un lit, 6 minutes d’extraits de films “l’amour au cinéma” : Boys Don’t Cry, West Side Story, La Boum, Amélie Poulain, Jeanne et le garçon formidable, L’Auberge espagnole, Grease, Drôle de Félix, Jules et Jim, In the Mood for Love, Brokeback Moutain, Quatre mariages et un enterrement, etc. Dans la salle de bains, on s’est bien amusés à chanter, en karaoké, sous la douche : “I Will Survive”, “J’ai encore rêvé d’elle”, “On va s’aimer”. Trodrôle ! On nous entendait de loin ! Cette expo fait en une heure ce que l’école ne réussit pas toujours à bien faire malgré les textes officiels. Bon, et puis, je dois dire que j’ai appris un truc : lors d’une éjaculation, les spermatozoïdes sont expulsés à 30 km/h. Aïe !

Les monologues du pénis
Que serait l’amour sans pénis, sans un pénis de taille acceptable et qui fonctionne quand on le lui demande ?
Après un peu moins de 2 heures passées à l’Expo Zizi Sexuel et après un bon chocolat viennois sur les bords du canal, nous nous sommes dirigés vers Pigalle. Quelques verres de Chinon et de Julienas à “La cave à Jojo”, une assiette de charcuterie en guise d’apéro, en fond sonore LCI et le divorce de Sarko… Le bon repas bien arrosé au “jardin d’en face” nous a achevés ! Nous étions fin… prêts (!) pour une pièce de théâtre à 3 euros (merci BilletReduc.com) et placés au premier rang du théâtre de Dix heures. Du zizi au pénis.
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“Un intello, un homo, un macho. Trois amis d’enfance, Marco, Charles et Sylvain, se retrouvent par hasard à une réunion sur le pénis. En attendant le maître de cérémonie -qui n’arrivera évidemment jamais- ils vont tenter de répondre à toutes les questions que suscite la chose.” Pièce de Carlos Goncalves, mise en scène de Charles Seize. Avec Claude Jan, Benoît Doremus, Carlos Goncalve. Une pièce un peu fourre-tout : des histoires de pénis, tout sur le pénis, le pénis dans tous ses états. On découvre les péripéties amoureuses et/ou sexuelles, joyeuses (ou pas) de chaque personnage : les incidents ou soucis techniques, les joies rapides, les plaisirs intenses, l’Amour, le Sexe… Introspection, états d’âme et anecdotes teintés des parcours éducatifs, culturels et sexuels des trois personnages. On rigole bien gras. Et, c’est connu, le rire est communicatif. C’est un peu “ambiance cour de récré”. Ce qui est réussi, c’est l’interaction avec le public, et j’imagine que selon les soirs la pièce doit varier en fonction de la bonne volonté des spectateurs des premières rangées (très sollicités). Les personnages frôlent la vulgarité parfois. Ils jonglent plus ou moins bien avec les clichés. Les acteurs en font un peu trop mais sont efficaces et dynamiques. Après tout, pour une pièce en dessous de la ceinture, il ne fallait pas s’attendre à autre chose. Malgré quelques longueurs et deux ou trois monologues à n’en plus finir, on a passé un bon moment.
J’ai failli intituler ce post “Du zizi au pénis en Vélib“… Et puis, j’ai changé d’avis. Raconter, en plus, mon dépucelage de Vélib au beau milieu de la nuit, non, c’est trop pour un seul post !
Euh, je finirai, comme Titeuf :
“tu veux pô m’aider à réviser ?”
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