Samedi 28 juillet, dernier jour pour profiter du festival d’Avignon. Je feuillette les 288 pages du programme du OFF ’07. Je regrette déjà de ne pas être arrivé plus tôt. Deux dernières représentations.
Aux Hommes de Bonne Volonté, Jean-François Caron
Je m’arrête sur la beauté d’une affiche. Celle de la pièce “Aux Hommes de Bonne Volonté”. Je lis le résumé : “Comédie tragique à la manière de Festen, oeuvre forte servie entre rires et émotions par les six comédiens, qui dénonce la violence, la maladie, le manque d’amour. C’est l’histoire de Jeannot, victime du sida, qui lègue à sa famille et à Serge, son frère de nuit, quelques objets fétiches. C’est une charge virulente contre tous les systèmes qui embrigadent les forces de la vie.” La référence à Festen m’attire. Direction théâtre La Luna. Fin des années 80. Dans le cabinet d’un notaire qui s’apprête à lire le testament d’un ado. Sa mort va permettre révélations et réglements de compte. On pénètre dans l’intimité d’une famille qui va très vite se réveler plutôt dysfonctionnelle, à travers la soeur, le frère, l’oncle, l’ami “de nuit” et la mère (magnifique performance de la comédienne). Le notaire devient le fantôme de Jeannot qui dialogue avec sa famille. Il revit des scènes du passé, explique, questionne, dérange, perturbe. Chacun se retrouve confronté à sa souffrance de vivre, à son mal ou à son manque d’amour. Le manque de communication est flagrant : brut de mots crus, directs, violents. Les échanges sont percutants, parfois touchants. Humains. La sexualité (hétéro-, bi-, homo-) est omniprésente dans les dialogues. Les drogues. Les liquides aussi : salive, sperme, urine, sang. La référence à “Festen” est tout à fait pertinente. “Sitcom” aurait aussi pu être mentionné : “La famille, c’est sympa. Mais il y a des limites…”
Parfums d’intimité, d’après Michel Tremblay
Je regarde le reste de la programmation dans ce même théâtre. “Parfums d’intimité” est jouée à la séance d’après. Résumé attirant : “Luc et Jean-Marc se retrouvent trois ans après leur séparation. “Que reste-t-il de nos amours ?” après que la poussière soit retombée, que les cris se soient tus ? La vie, ma foi ! Et maintenant, que vais-je faire ? Vivre, reprendre vie. Rencontre d’amoureux éternels qui se dévoilent comme jamais, “Parfums d’intimité” bouscule les codes de la conversation pour se moquer de nos certitudes.” A son bureau, Jean-Marc corrige les copies de ses élèves. Le père de Luc est à l’hôpital, il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Il retrouve son ex chez lui. Conversation à deux. Moments de vérité et de mensonge. On partage les doutes, les angoisses et les incertitudes d’un prof de français “médiocre” et d’un acteur “populaire” au charisme inévitable. Deux hommes qui n’ont finalement personne d’autres à qui parler de leur intimité. Grâce à l’interprétation remarquable des comédiens, on passe d’émotion en émotion, de reproches furtifs en regrets discrets, de souvenirs heureux en moments malheureux. Les deux comédiens, Hicham Nazzal (au sourire ravageur) et Renato Ribeiro, rendent leur personnage tour à tour touchants et attachants. Peu à peu, on apprend à les connaître, ils entrent dans nos vies. On les devine, on les comprend. Différence d’âge et relations père / fils, maître / élève, prof / élèves.
De l’importance des compromis au fil du temps. Des concessions. Des mensonges. Les comédiens semblaient très émus par cette dernière représentation en présence du metteur en scène Christian Bordeleau. J’ai maintenant envie de lire l’oeuvre originale de Michel Tremblay : “les anciennes odeurs”.
Ces deux pièces ont des thématiques communes : le rejet, la séparation, le goût de la vie, la place de la mort, les questions qui restent sans réponse. “On n’est pas devenus ce qu’on est devenus par hasard” affirme l’un des personnages d’Aux Hommes de Bonne Volonté. “Les gens qui ne s’aiment pas se parlent mieux que ceux qui s’aiment” s’écrie un autre. Les deux pièces sont un appel aux sentiments, ceux de surface et ceux plus profonds, souvent enfouis.
— edit 30/07/2007 – 15:10 —
Lu sur le blog d’Hicham Nazzal : “…il est presque acquis que l’on joue cette formidable pièce de Michel Tremblay sur Paris.”
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Merci pour la surprise de votre article, qui me touche et me va droit au coeur. Ce festival d’Avignon fut en effet un moment magique, où chaque représentaion de “PARFUMS D’INTIMITE”, chaque soir, était une ode à la vie, à l’amour. Un mois intense psychologiquement, mais qui m’a permis de partager avec les spectateurs des moments de formidable vérité. A bientôt pour la reprise sur Paris. Merci de votre chaleureux soutien et de votre visite au théâtre. Hicham Nazzal
Je note tout ça pour cet hiver.
Merci Toli pour ton témoignage. Des commentaires comme le tien nous vont tjrs droit au coeur. J’adore cette pièce de Michel Tremblay depuis tjrs, comme nombre d’autres de ses pièces, et la mettre en scène a été un véritable bonheur. Vivement la reprise.
C’est une joie que de lire un aussi bel hommage à notre travail!
Ce spectcale est tellement universel que nous nous faisons un devoir de le défendre et de le reprendre à Paris. A notre époque incertaine, seul l’amour des autres quelqu’ils soient nous permets de conserver nos repères et j’aime défendre les valeurs de ce texte pour cela. Rien ne termine jamais !
Merci encore pour ce soutien qui nous va droit au coeur et quel plaisir de reprendre ce spectacle avec mon formidable camarade Hicham pour la donner à encore plus de public. Après tout on fait ce métier surtout pour le public. RENATO
C’est un bel hommage. J’ai vu la pièce , deux fois…
Parlez-en autour de vous, Hicham a cette magie que peu ont…
@ Hicham, Christian et Renato : je suis touché et flatté de lire vos commentaires sur mon blog. Je ne manquerai pas la première de la pièce à Paris. Il faudra juste me prévenir de la date
merci d’avance !
je n’ai pas pu voir ces deux pièces! (et pourtant, je logeais en face de la luna)
mais bon, quan don joue soi même, c’est dur de se motiver, des fois, à avignon…
Aux hommes de bonne volonté, c’est des copains de limoges. C’est bien, leur spectacle?
@ Toli : la pièce se jouera à Paris tous les mardis soir à partir du 9 octobre (jusqu’au 11 décembre) dans la théatre “LA COMEDIA”, Paris 11ième.
Info à diffuser le plus largement possible
[...] Cette pièce est un véritable appel aux sentiments, ceux de surface et ceux plus profonds, souvent enfouis. Ceux qui me lisent depuis quelques mois se souviendront peut-être que j’ai découvert cette pièce lors de la dernière représentation du festival off 2007 d’Avignon. J’en ai longuement parlée ici : Parfums d’hommes au festival off d’Avignon [...]
[...] (ici, là et aussi là), à l’initiative heureuse de cette soirée, Incipio, RomainB et Pierro ont [...]