Suite à un accident de voiture, un homme a perdu la mémoire. Depuis, il erre dans son appartement, vêtu dès l’aube d’un smoking mauve taillé dans les années 70. Une dame- assez énigmatique- est apparemment là pour prendre soin de lui, et le contraindre à recouvrer ses souvenirs, car il ne veut rien apprendre sur lui-même, son passé, ses goûts et ses amours. Mais elle voudrait faire la lumière sur les troubles circonstances de l’accident. Qui est-il ? Qui est-elle ? Que veut-il oublier ? Que veut-elle savoir ?
Lui : Il y a dans votre regard une certaine malice, je me souviens qu’on apparente cette malice en question à un aspect de l’intelligence…”…Lui : Elles allaient bien nos lèvres ensemble, non ?…Lui : SI tu savais combien je t’aime. Ma vie sans toi, tu sais, elle ne mérite même pas que je m’en souvienne.…Lui : Un amour, c’est une vie. Un grand amour, c’est toute une vie. Et il faudrait mourir après chaque histoire pour que la suivante ne porte pas le deuil de la précédente.…Lui : Ma vie, c’est la vie de tout le monde. Avec des hauts et des bas. Seulement mes hauts à moi, peut-être un peu plus hauts. Et puis mes bas, très bas.
Popularity: 2% [?]
Popularity: 2% [?]
Popularity: 2% [?]
Audio clip: Adobe Flash Player (version 9 or above) is required to play this audio clip. Download the latest version here. You also need to have JavaScript enabled in your browser.
Mars 1984. J’avais 12 ans. Ma grand-mère, jeune retraitée, m’avait proposé une matinée théâtrale “à Paris”. A la capitale. Quitter, pour une demi-journée, la banlieue val d’oisienne pour “une matinée” en fin d’après-midi. Je me souviens que je n’arrivais pas à comprendre qu’une matinée puisse débuter vers 14h30, même un dimanche. Je me souviens qu’on avait prévu large, comme toujours. Nous étions les premiers arrivés dans le hall du théâtre. Je me souviens que j’avais été impressionné de voir Mari-José Nat, Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont traverser le hall et entrer dans les coulisses. Des personnalités “pour de vrai”. C’était au théâtre Edouard VII – Sacha Guitry, entre la Madeleine et l’Opéra Garnier.

J’allais découvrir une comédie en trois actes de Sacha Guitry : Désiré (pièce écrite en 1927). J’ai toujours le programme, avec le billet bien rangé entre deux pages. (si j’y pense, il faudrait que j’ajoute ici la photo du programme et du billet). Je me souviens que Jean-Claude Brialy, que je trouvais très beau à l’époque, jouait un valet de chambre. Je me souviens que la voix de Bernadette Lafont en femme de chambre m’agaçait prodigieusement. Je me souviens que Mari-José Nat jouait une femme “très distinguée” – à la Fanny Ardant. Je crois me souvenir que c’était ma deuxième fois dans un théâtre. La première, c’était six ou sept ans auparavant pour voir Annie Cordy au théâtre Marigny.
Je voulais dire que celui qui pose une question, n’est-ce pas, il ouvre un peu son coeur, il se dévoile, quoi, tandis que celui qui répond, il peut rester fermé. Il voit venir. Et puis, il écoute, tandis que l’autre, il parle, c’est ça, surtout. Désiré, Sacha Guitry
25 ans après, j’ai remis les pieds dans ce même théâtre. Pour une autre pièce de Sacha Guitry : “Faisons un rêve” (1916), mise en scène par Bernard Murat, avec Pierre Arditi, Clotilde Courau, Martin Lamotte. C’est étonnant la mémoire et les souvenirs. Je n’avais jamais repensé à ce dimanche avec ma grand-mère. C’était il y a 25 ans ! Je n’avais jamais repensé à la pièce, ni à mes parents qui étaient venus nous rechercher en Visa beige… (les plus vieux se souviendront). J’ai donc remis les pieds dans ce théâtre mercredi 20 mai, à l’initiative d’Antoine. En l’attendant, à la terrasse du café en face du théâtre, tout m’est revenu : les attentions de ma grand-mère, les noms des comédiens, le décor, le programme empilé dans un carton de souvenirs quelque part chez moi. J’étais vraiment impressionné par ce flashback.

“Comment séduire la femme d’un ami… avec la complicité bien involontaire du mari ? Impossible ? Eh bien, sur ce thème : le mari, la femme, l’amant, Sacha Guitry nous donne là une pièce digne du théâtre de Molière et de Marivaux. L’amant (Pierre Arditi) va tendre un piège au couple d’amis (Clotilde Coureau et Martin Lamotte) et trouver le moyen de faire partir le mari de son plein gré, en toute inconscience. Et, une fois seul avec la belle… Las ! Le mari reviendra un peu trop tôt… ou un peu trop tard !”
“Faisons un rêve” est “un élégant marivaudage un rien cynique et joliment daté sur les joies fugaces de l’adultère mondain. (…) Il fallait être culotté pour composer en 1916 – quand la plupart des épouses subissaient l’absence de maris partis à la guerre – pareille apologie de la tromperie, du bonheur à saisir de suite avant qu’il ne se brise. ” (extrait Télérama)
“Apologie de la tromperie” c’est le titre de la chronique de Fabienne Pascaud dans Télérama. J’emprunte le même titre pour ce post. Ces quatre mots résument bien ce que j’ai retenu des deux pièces : la défense et la mise en avant de l’infidélité conjugale, un humour caustique et des dialogues incisifs et percutants.
Merci à Antoine pour cette madeleine théâtrale personnelle.
Popularity: 26% [?]
“Aimer, c’est plus que vivre“ : je reprends des extraits d’un article posté lors du festival Off d’Avignon cet été. C’était au théâtre des Amant, place du Grand Paradis. Rencontre, désir, passion, jalousie, exil, c’est l’histoire de ce couple mythique et mémorable qu’ont formé Juliette Drouet et Victor Hugo. Les affiches des couloirs du métro m’ont stoppé net il y a quelques semaines : “Victor Hugo, mon amour“. Je comprends que le titre a changé, que la pièce se joue en ce moment à Paris. J’y retourne la semaine prochaine. Je vous conseille vraiment ce spectacle – que vous soyez amoureux de Victor, amoureux (tout court !), futur amoureux ou amoureuse, profs de lettres, étudiant en littérature, touriste en visite à Paris.

“Victor Hugo et Juliette Drouet se sont aimés pour la vie. A la fois éclairée et écrasée par la gloire de Victor Hugo, la vie de Juliette Drouet fut une longue adoration et une longue souffrance. La correspondance des deux amants révèle une passion dévorante traversée d’orages. Mises bout à bout, ces lettres fièvreuses constituent le journal de bord de leur bonheur et de leurs querelles. De leur amour, il ne nous reste que la douceur et la violence des caresses qu’ils se sont données sur le papier des 40 000 lettres qu’ils ont échangé durant 50 ans. Bien plus qu’une simple lecture, l’enchaînement de scènes dialoguées d’après leurs écrits, met en scène les grands moments de leur vie intime, littéraire et politique.”
Ouvrir, lire, conserver, relire une lettre… autant de moments précieux dans nos vies quotidiennes. 84% des Français, toutes générations confondues, déclarent que recevoir un courrier papier est plus important que de recevoir un mail ou un S.M.S. Prendre la lettre en main, la toucher, la retourner pour identifier l’expéditeur ou le deviner à travers l’écriture, le lieu de l’expédition. C’est une alchimie presque magique qui fait naître une émotion et une relation pleine et entière avec l’expéditeur. C’est de cette magie et de cette émotion dont il est question dans le spectacle d’Anthéa Sogno. Sourire, rire, pleurer... L’écrit est au coeur des relations humaines, de l’information et de la culture. Un courrier est une pièce unique : loin du copié-collé, il est le reflet d’une âme et d’une écriture.
“Aimer, c’est plus que vivre” est une réussite originale et totale. Ce spectacle marque les grands moments de leur vie privée, littéraire et politique. Les dialogues ont été reconstitués en prenant une phrase de Juliette dans l’une de ses lettres qui répond parfaitement à une phrase de Victor, extraite d’une de ses lettres à lui. Ce spectacle, c’est un demi-siècle d’amour, un concentré de bonheur.
En 1833, Victor Hugo rencontre Juliette Drouet qui interprète le rôle de la princesse Négroni dans Lucrèce Borgia. C’est le coup de foudre. Elle abandonne sa carrière théâtrale pour se consacrer à son amant à qui elle voue un véritable culte. Elle accepte d’ailleurs toutes ses exigences, et vit quasiment cloîtrée, ne sortant qu’en sa compagnie. Elle l’appelait “mon Toto”. Elle lui écrivait tous les jours, deux fois, trois fois, pour lui dire qu’elle l’aimait. Comment dire sans cesse que l’on aime ? Elle joue sur tous les registres, change de rythme à volonté, souffre, gémit, pleure, pirouette, mord, caresse… Le jour où Juliette Drouet s’endormit pour l’éternité, ferma définitivement les yeux, il se passa une chose inouïe : Victor Hugo cessa d’écrire. Il ferma son encrier pour toujours. Juliette est reconnue, aujourd’hui, grâce à ses lettres, par les spécialistes, comme l’une des écrivains les plus brillantes de son siècle.

“Monsieur Hugo… Faire des compliments à celle qu’on aime est la première façon de faire des caresses, c’est une demi-audace qui s’essaye. Le compliment, c’est comme le baiser à travers le voile. La volupté y met sa douce pointe, tout en se cachant. Devant la volupté, le coeur recule pour mieux aimer ? Ce soir, je me donnerai à toi, toute entière !”
“Tu es tout pour moi, tu es le prisme à travers lequel m’apparaît la vie.“
“Ce soir je serai là… Ce soir parmi toutes ces lumières, il y en aura une qui s’allumera pour toi. Rendez-vous juste entre la lune et la terre, au dernier étage de la tour Eiffel. Tu me manques déjà… Je t’embrasse…”
“Ma chère Juliette, Et maintenant, prends mes bras pour l’étreindre, mes lèvres pour l’embrasser, mes regards pour le caresser, mes sourires pour le séduire et le souffle de ma vie pour lui dire encore ton amour et donne-moi tes mots pour déchirer le silence.”
“Rêve que je t’aime, rêve que tu es à moi, rêve que je suis à toi, rêve que je ne puis pas vivre sans toi, rêve que je pense à toi, rêve que je t’écris. A ton réveil tu trouveras que le rêve est réalité.”
“J’ai besoin de tes baisers pour mes lèvres, de ton amour pour mon âme. Tu es la nécessité de ma vie, si j’ai quelque génie, il me vient de toi.”
“Tes caresses me font aimer la terre. Tes regards me font comprendre le ciel.”
“Le 26 février 1802, je suis né à la vie. Le 17 février 1833, je suis né au bonheur dans tes bras. La première date, ce n’est que la vie, la seconde, c’est l’amour.“
Victor Hugo, mon amour, d’Anthéa Sogno
Compagnie Anthéa-Sogno
Mise en scène : Jacques Décombe
Artistes : Anthéa Sogno, Sacha Petronijevic
Comédie Bastille 5 rue Nicolas Appert 75011 Paris
Du mercredi au samedi à 19 h 30, dimanche à 17 h 30
Le site officiel : www.victor-hugo-mon-amour.fr
Popularity: 11% [?]