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Châtelet-les Halles, quai du R.E.R. Un samedi de février. Nos regards se croisent. Une demi-seconde plus tard, je me retourne et l’observe à nouveau. Je vois qu’elle me scrute, pour ne pas se tromper. Nous nous sourions. Une jeune femme brune, maquillée, habillée en noir. Je décide d’aller lui parler. Elle m’a reconnu. Je la devine. Je me souviens d’elle, pas de son prénom. Et ça recommence. Sans prévenir, sans crier gare. Des bribes de ma (mes) vie(s) d’avant. “Monsieur Toli, c’est bien vous ? Je vous ai tout de suite reconnu !” Comprendre que je n’ai pas changé ! Evidemment, j’ai un peu plus de mal à retrouver son prénom perdu parmi plus de 2 000 autres. Je lui demande. Elle me répond. Et là, immédiatement, comme une odeur, comme un parfum : le flash. Tout me revient : son nom de famille (je lui dis, elle paraît surprise), ses notes, sa classe, les élèves remarquables de la classe, les meilleurs comme les moins bons, les profs de la classe, le collège. Tout sauf l’année. Elle m’aide : 1998. Il y a tout juste dix ans. Elle avait 13 ans. J’en avais 26. On prend la même direction. 40 minutes à discuter des élèves et des profs, ceux dont on se souvient et pourquoi, ceux dont on a des nouvelles. On doit tous quelque chose à un professeur. Je dois beaucoup à mes élèves. Moins à mes collègues, beaucoup moins. Elle me déclare qu’elle aimait mes méthodes en cours, qu’une fois au lycée, elle s’est ennuyée ferme en anglais. Un de ses meilleurs souvenirs de prof. Elle se souvient d’un 19 sur 20 où j’avais ajouté “I’m proud of YOU” sur sa copie. “So Glad to See You“, Samira.
Châtelet-les Halles, quai du R.E.R. Même endroit, il y a plus d’un an, j’ai fait une rencontre en tout point similaire. Une jeune femme, dix ans en arrière. Autre collège, autre contexte. Mon tout premier poste, dans un établissement difficile et violent, évidemment. Souvenirs partiels : le concours gagné par Julie, la publication dans un magazine, les cours “sur internet” dans le bureau du chef d’établissement (seul ordinateur connecté accessible). “So Glad to See You“, Souhem.
Autre lieu, plus virtuel, celui-là. Un site de rencontres. Il y a quelques mois déjà. Un jeune homme de 22 ans me laisse un message. “Scusez moi, vous êtes pas un prof que g eu ?” J’avoue que ça m’a bien fait sourire ce vouvoiement inattendu. LE seul mec à me vouvoyer sur ce site ! Pour le coup, lui, je ne l’ai pas reconnu. Après quelques échanges, j’ai, avec son aide, retrouver la ville, le collège, la classe et l’année : 1997. Un bon élève, plutôt doué en anglais. La curiosité passée, nous ne nous sommes pas rencontrés, malgré une forte proximité géographique. Discussion close. “So Glad to See You“, Medhi.
Samira, l’étudiante en journalisme. Souhem, l’aide soignante. Mehdi, l’étudiant en éco. Joséphine, la comédienne débutante. Régis, le prothésiste dentaire. Mathieu, le mari d’une des chanteuses “les plus populaires de France”. Nicolas, celui qui tourne avec des artistes français qui montent. Je me souviens des visages et des prénoms : Valentin, Adrien, François, Alexis, Geoffrey, Oliver, Ravi, et tous les autres…
Un brin de nostalgie et un brin de fierté. J’aime savoir ce qu’ils sont devenus. J’aime les croiser par hasard. J’aime l’idée qu’ils se souviennent encore de moi. J’aime l’idée de les avoir marqués, comme ils m’ont marqué. J’aime l’idée de leur avoir donné envie.
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Je ne saurais dit si c’est la photo que je préfère, ou le texte qui s’en suit. Est-il besoin de préférer, disons que j’aime les 2 !
Je peux comprendre le plaisir que l’on a à retrouver des personnes que l’on a aidé à grandir, comme j’en ai à retrouver ponctuellement ces professeurs qui m’ont formé.
et bien la prochaine fois que je croise un de mes profs dans la rue, j’aurai peut être moins de scrupules à l’aborder…
“on doit toujours quelque chose à un professeur” => c’est clair amour ou haine tout ça reste dans le registre des sentiments.
Nice to meet you Toli
J’ai été prof de TP pour de jeunes étudiants il y a quelques temps.
Je n’étais leur ainé que de quelques années, et j’avais une vie aussi délurée que la leur.
Je croisais réguliement mes élèves dans des soirées…. mais j’étais beaucoup moins à l’aise que toi… tout gêné de me montrer “hors contrôle”.
Je pense que j’aurais plaisir à les revoir dans un autre contexte. Mais dans mon cas ca ne risque pas!
I *love* this post AND the photo!!
Il s’agit d’une bonne définition de toi et de ce que tu écris ici. Tu aimes donner l’envie. Et tu y parviens souvent.
Quel ex-prof exemplaire !
Plein de petites anecdotes amusantes…
Très sympa, ainsi que la photo !
Et bien… C’est une preuve que tu les a marqué (en bien).
C’est aussi sûrement pour ça que t’avais choisi de faire ce métier à la base. Beaucoup d’émotions ont dû ressurgir avec ces retrouvailles.
Et puis bon, c’est aussi un signe que t’a pas pris une ride, malgré les années
Qu’est-ce que je donnerais pour revoir les professeurs qui m’ont marqués ! M. B. du CM2 qui nous a appris et enrichis, M. B. de Terminale ES qui nous faisait tellement rire mais tellement bosser aussi, Mme R. à qui je dois mon BAC ES grâce à ses cours intensifs de maths…
Les profs sont des étapes essentielles dans notre développement personnel, et comme je l’écrivais dans un récent billet, ça me désespère de voir comment ils sont traités aujourd’hui (récente affaire de gifle), c’est triste.
Et bien pour ma part, je donnerai beaucoup pour revoir LE prof qui a changé ma vie. Je pense que si ne l’avais pas croisé sur mon chemin, je n’en serais pas “là”.
J’ai son adresse depuis quelques années déjà mais je ne lui ai jamais écrit. J’attends d’être capable de pouvoir lui montrer concrètement que tout ce qu’il a fait pour moi a porté ses fruits.
Deux réflexions cependant : comment peut-on si mal estimer le rôle de l’école et l’attention à porter coute que coute sur la pédagogie lorsque l’on lit vos témoignages ? Il me semble que les cons au pouvoir de maintenant ou d’avant devrait y penser un peu plus, à leurs souvenirs d’école.
Deuxième chose, une des choses que j’apprécie le plus dans ma vie de terrien, c’est l’échange des savoirs.
Ca fait du boulot de professeur et apparenté, un des métiers les plus nobles à mes yeux…
Excellentes tes petites histoires ! ![]()
C’est toujours bizarre n’empèche de retrouver des gens comme ça, tellement d’années après, et se reparler comme si le temps ne nous avait pas séparé…
[...] a choisit de lire un extrait de ce post : A Blast from The Past – 19.02.2008 C’est amusant, j’en ai fait une suite, quelques mois après, le jour-même de [...]